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vendredi 24 juin 2011

Nouvelle : “2011, une satire nauséabonde” - EPILOGUE

Martin reprit sa route, imperturbable, le pas hésitant. Bientôt les derniers échos de la fête officielle s'étouffèrent et il ne perçut plus que le bruit sec de ses pas claquant sur le pavé. Il se sentait terriblement seul.
C’est alors qu’il l’entendit, frêle comme le chant d’un oiseau. C’était un petit garçon, à quelques mètres de lui, tout seul, assis à même le trottoir, les pieds trainant distraitement des cailloux dans le caniveau. Il était étrangement vêtu comme un gamin du Paris d’antan, culottes courtes, souliers vernis, chandail et béret noir. Il ne faisait pas attention à l’homme interloqué qui l’observait non loin de là, et dont il ne remarquait pas même la présence. Perdu dans ses pensées il chantonnait de sa voix fluette :
« Ami entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? »

Martin se hâtait de rentrer chez lui en raison du froid et du brouillard persistant. Chemin faisant il se surprit à fredonner les paroles familières que le poulbot récitait nonchalamment :
« Ami si tu tombes un ami sors de l’ombre à ta place »
C’était un air simple qui imprégnait son cerveau, jusqu'à sa conscience en y laissant une marque indélébile, presque inquiétante.
Comme il passait par un entrelacs de ruelles qu’il n’avait pas l’habitude de prendre, il déboucha soudain sur une place déserte, noyée de brume, au milieu de laquelle se dressait une stèle sombre dans la pâleur fantomatique, figée comme la figure de proue d’une épave surgie des profondeurs.
Il ne parvint pas a distinguer au premier abord ce qu'était exactement cette construction isolée dans ce lieu où nul ne venait plus, aussi il s’approcha prudemment. C’était une sorte d'obélisque sale, couvert de salpêtre, et sur lequel étaient gravées des myriades de mots alignés dans un ordre implacable. Il y en avait des centaines mis les uns à la suite des autres, tapis sous la saleté et « les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds ».
Martin, en s’approchant, se rendit compte que beaucoup de ces mots étaient en fait des prénoms qui sonnaient familièrement à ses oreilles : Damien, Jean-Charles, Édouard, Jules, Guillaume, Yohann, Dominique … et lorsque levant les yeux, il aperçut des lettres immenses au sommet du monticule de granit qui se tenait là , terrifiant comme la statue du commandeur, il ne put retenir un frisson et un cri quand il déchiffra lentement :

« MORTS POUR LA FRANCE »


FIN

mardi 21 juin 2011

Nouvelle : “2011, une satire nauséabonde” - CHAPITRE XI (et dernier...)

Et le grand jour arriva...
Sur l'immense place était dressée la tribune où devaient prendre place les musiciens qui par leur énergie, leur enthousiasme et leur talent allaient terrasser, une fois pour toute, l'hydre raciste.
Le programme était alléchant de par sa diversité et la qualité de ses interprètes : citons entre autres « Assassin meurtrier », « Gang bang multicul », « Tueur de keuf », « Niktasoeur », « Tireur d'élite », « Kalachnikov », « Genossid », et RAF.
Déjà le parterre se remplissait d'un public jeune et festif, impatient de voir les grandes vedettes se produire sous ses yeux éblouis. On entendait ça et là des bribes de ces conversations pittoresques qui ont fait la réputation de cet esprit titi parisien issu des quartiers populaires et chaleureux :

Une voix : Salaam Aleikoum Rachid, comment ça va ? Tu as pris des couleurs !
Deuxième voix : On fait aller Ahmed, je reviens du pèlerinage à la Mecque ! Ça s’est très bien passé sauf qu’en tournant autour de la Kaaba on est rentré en collision avec des imbéciles de convertis anglais qui s'étaient trompés de sens !
Première voix : Bon, c’est pas tout ça, mais c’est l’heure de la prière, j’ai repéré une charmante petite rue à bloquer ! Je me dépêche !
Deuxième voix : L'embêtant à Paris quand même c’est le manque de places dans les rues pour s’agenouiller, on est souvent obligé de se prosterner en double-file !
Troisième voix : Mais le pire c’est la prière à heures fixes, il faut toujours respecter un créneau horaire bien précis, et comme ma femme passe son temps à papoter elle rate souvent ses créneaux !
Quatrième voix : Ben tiens, en parlant de ça, l’autre soir je surprends ma femme en train de bavarder avec la voisine. Je la prends, je la ramène à la maison, et c’est en la déshabillant pour la coucher que je me rends compte que c’était pas ma femme : je m'étais trompé de burka ! Depuis je lui en achète des tunées pour ne plus la confondre !
Troisième voix : Moi j’ai eu le même problème le jour où avec une de mes femmes on est allé visiter ses parents : non seulement je m'étais trompé d'épouse mais en plus mon beau-père avait sorti la mauvaise belle-mère ! Qu’est-ce qu’on s’est fait engueuler tous les deux !
Quatrième voix : Au fait, je suis allé au salon du nikab cette année, vous saviez qu’ils sortaient des décapotables maintenant ?
Cinquième voix : Hé, elles étaient comment les hôtesses ? Vas-y raconte !
Quatrième voix : Je ne sais pas, on ne les distinguait pas des modèles exposés.

Un peu plus loin, dans un coin retiré près de l'estrade, nous retrouvons nos sympathiques écoliers accompagnés de leur instituteur, tous en tenue de pionnier de l'antiracisme, avec chaussettes bien tirées, mini-shorts, chemise et foulard, casquette militaire, petits fanions à agiter et badges « Touche pas à mon pote ».

Stan : Monsieur Garrison elles craignent ces tenues!
Instituteur : Je sais Stan, tu comprends maintenant ce que les gens ont souffert sous le communisme! Tu sauras dorénavant que les totalitarismes sont des plaies de l'humanité!
Monsieur Esclave (dans la même tenue, mais avec un short plus court et plus échancré) : Moi j'aime vous voir comme ça Monsieur Garrison! Je trouve que ça va à ravir avec l'uniforme d'officier SS que vous m'avez offert à Noël!
Instituteur (rouge de confusion) : Monsieur Esclave! Je … je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler voyons! Ne... ne l'écoutez pas les enfants! Il plaisante!
Kyle : Monsieur Garrison! On a perdu Cortex et Cornflex!
Instituteur : J'ai vu Kyle, et je suis très inquiet car le pire peut se produire : il se peut qu'ils soient allés aux toilettes et qu'ils reviennent ici d'une minute à l'autre, alors tirons-nous d'ici en vitesse!

Nous les retrouvons essoufflés un peu plus loin :

Instituteur (reprenant haleine) : Ça … ça devrait être suffisant! Bon les enfants, je sais que vous vous sentez ridicules dans ces tenues, mais songez au prestige de l'uniforme! Il n'y a pas mieux pour choper des nanas! Elles raffolent de la virilité guerrière!

A ce moment précis passe un petit groupe de femmes en burqua :

Une burka (enfin la femme en dessous) : T'as vu tous ces travelos??? Les gens s'habillent vraiment n'importe comment de nos jours!!!
Instituteur : Con« BIP » se!!!

Enfin les grands dignitaires du mouvement antiraciste arrivèrent pour donner le coup d'envoi de la fête. Dominique Suppo fut le premier à prendre la parole devant la foule

Dominique Suppo (portant à son bras gauche un brassard avec une petite main jaune) : Mes chers amis, c'est avec une grande fierté que je vous présente les résultats de l'exercice 2010 de SOS Racisme! Je ne résiste pas au plaisir de vous annoncer que notre chiffre d'affaire a progressé en raison de l'augmentation du nombre de procès pour propos nauséabonds que nous avons pu intenter! Tout ceci est vraiment très encourageant, et nous espérons bien entendu faire encore mieux cette année, et l'année suivante. Mais je n'oublie pas bien-sûr que tout cela n'aurait jamais été possible sans vous, et je rends hommage au zèle que vous avez déployé pour faire de SOS racisme le numéro un du marché de l'antiracisme en France!

Un tonnerre d'applaudissements se fit entendre, venu des rangs bigarrés qui lui faisaient face.

Dominique Suppo : Et maintenant mes chers amis, laissez la place au défilé de nos jeunes pionniers ! Des petits écoliers qui sont vraiment à croquer! Admirez les dans leurs tenues d'antiracistes ardents! Ils sont noirs, blancs, jaunes, et représentent l'avenir de l'humanité rassemblée en un seul groupe solidaire!

Instituteur : Les enfants je crois que ça va être à nous! Alors dites-vous que le seul moyen de vous faire respecter est de prendre un air farouche et terrible de guerrier impitoyable!
Kyle : Comment on prend un air farouche et terrible de guerrier impitoyable monsieur Garrison?
Instituteur : Bonne question Kyle, pour se mettre dans la peau d'un beau et grand soldat fier de son hétérosexualité épanouie (il soupire) il faut penser à tout ce qui est motivant sur un champ de bataille gorgé de sang et de fureur (il frissonne), comme par exemple la torture et le viol des vierges!... pourquoi vous me regardez comme cela? Vous n'avez jamais joué à la guerre quand vous étiez petits? Bon allez, assez de discussions, en route!

Et la petite troupe s'ébranl... enfin se mit en marche. Les enfants passèrent entre les rangs des spectateurs, au son d'une musique militaire, agitant leurs fanions multicolores.

Une voix dans la foule : T'as vu Ibrahim? Ils font défiler la Gay Pride maintenant! Devant nous, c'est de la provocation! Ils nous offensent!
Instituteur (énervé) : Non monsieur! Nous sommes des pionniers virils! Virils et impitoyablement hétéros! Et les nanas sont toutes folles de nous!!!

Les discours se succédèrent à la tribune officielle. Il y eut Mouloud Allunit, du MRAP.

Mouloud Allunit : Mes chers amis, l'heure est grave! Inexplicablement, alors que nous faisons tout pour le rapprochement entre les peuples en faisant venir de plus en plus d'étrangers pour faire connaitre aux français les joies du métissage, la xénophobie se développe, le racisme se répand! Nous ne comptons plus les actes nauséabonds qui se manifestent contre nos frères de couleur! La solution? Il s'agit bien-sûr d'ouvrir encore plus les frontières pour inciter nos voisins de tous les horizons à venir encore plus nombreux, accélérant ainsi le phénomène de métissage de notre société : comme tout le monde sera pareil il n'y aura plus de racisme, car il n'y aura plus de race! Oui... enfin... euh remarquez, il n'y avait pas de race avant non plus, que des couleurs hein... mais après il y en aura encore moins! C'est cela le génie de la diversité!

Puis le premier ministre, le ministre de la culture, le ministre de la diversité, celui de l'agriculture (qui en fait s'était trompé de manifestation).
A ce moment là arriva notre vieille connaissance Houria Boujdeula. Elle était accompagnée de ses grands amis de la Gauche qu'elle tenait tous en laisse. Elle se dirigea vers un homme d'une cinquantaine d'années en costume gris clair, la barbe bien taillée.

Houria : Tarik! Comme je suis contente de te voir! Laisse-moi te présenter mes nouveaux amis : alors voici Oliveau, Alain, Marie-Georges, Cécile, Dominique, Martine, Jean-Luc, Daniel,... ce sont mes plus proches collaborateurs!
Tarik Ramafon (avec un grand sourire) : Salaam Aleikoum tout le monde! Au fait les filles, j'espère pour vous que vous aimez le look « crâne rasé »! Sinon vous avez intérêt à mettre les voiles... ha ha ha! Bon Houria je te dis à tout à l'heure, je dois faire mon discours!
Martine Ahurie : Dis Houria, qu'est-ce qu'il a voulu dire Tarik?
Houria : Oh non, ne faites pas attention, c'est un grand déconneur! Il adore faire des plaisanteries au second degré et « à deux niveaux de lecture » comme on dit!
Oliveau Besanceniais : Dis papa, pourquoi on est tenu en laisse comme ça?
Alain Enruine : Oliveau, tu es un trotskyste non? Combien de fois t'ai-je dit qu'un bon trotskyste interprète toujours la réalité? Donc nous ne sommes pas « tenus en laisse » mais « nous sommes très attachés à Houria », nuance!

Enfin ce fut le tour d'Houria de prononcer son discours. Elle attacha consciencieusement ses amis à un poteau au pied de la scène et se dirigea vers le micro.

Houria : Je fais un rêve ! Que demain les descendants d’esclaves puissent s’assoir à la même table que les descendants convertis d’esclavagistes autour d’un même repas halal ! Je fais ce rêve fraternel pour tous les croyants dans la France de demain qui rompra à jamais avec son passé colonialiste ! Non, plus d’exploitation ! Plus d’Afrique française, c’est l’inverse que nous voulons ! Oui je fais ce rêve d’une France nouvelle, radicalement différente, débarrassée de tous ses éléments impurs, ouverte à tout ce que peut lui apporter l’autre en terme de bienfaits, en particulier l’Islam, ce cadeau universel ! Oui, les dhim… les amis, l’Islam pour tous, en France ! Ce grand rêvé, ce bonheur est possible ! L’islam en France, tel est l’engagement que nous prenons devant vous si vous nous faites confiance, et nous tiendrons parole !
l’Islam pour nous est un cadre structuré et déstructurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, à l’école, à la prison. La France est à nous et la langue française aussi. Elle est notre langue, nous la parlons et l'écorchons comme bon nous semble et assumons seuls le fait de nous rendre intelligibles, ou pas, comme le montre l'exemple de nos banlieues. L’Islam est la structure de notre existence, notre unique référentiel, et nous ne cherchons pas à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.
Pour nous, enfin, l’action politique c'est réformer les hommes, c’est à dire, bien entendu, les convertir! Nous considérons comme un devoir religieux l’implication active dans les affaires du monde!
Je vous le dis, le PORC est à venir!

Ce fut un grondement, une clameur immense venue de la foule. Elle fut incontestablement la plus applaudie des tribuns qui s'étaient succédés.

Dominique Suppo (des larmes dans les yeux) : Houria, c'était magnifique... j'en ai pleuré d'émotion!
Mouloud Allunit : Oui, je... je... n'ai plus pleuré ainsi depuis l'instauration de la révolution islamique en Iran en 1979!

Houria n'eut pas un regard pour le public et se dirigea vers la voiture qui l'attendait au pied de la scène. Le chauffeur démarra et, passant péniblement entre les grappes de spectateurs qui s'agglutinaient autour du véhicule, il ne put éviter un enfant à l'allure étrange qui passait par là, et roula dessus.

Chauffeur : Euh, madame, je crois que je viens d'écraser un des petits travelos qui défilaient tout à l’heure !…
Houria : Bah, pas grave, un kafir sans-doute…
Stan : Oh mon dieu elle a tué Kenny !
Kyle : Espèce d'enfoirée !

Martin se fraya un passage dans la foule dense, tentant de se rapprocher le plus possible de la tribune. Enfin le concert commença. La première à se produire était la chanteuse Perl's.
Une bâche bleue fit son entrée sur la scène.

Une voix dans le public : Ma femme!?
Une autre voix : Non, je crois que tu confonds encore!

La bâche en question se mit soudainement a meugler au son de la musique.

La première voix : Non effectivement, ce n'est pas ma femme!
La bâche : Ma France à moi, elle crie fort, elle gueule! Ell'pense qu'au bled et respecte pas les règles! Ma France à moi c'est pas l'beaujolpif, ma France a moi c'est pas cett'France profonde de racistes!

Suivit le groupe « Gang bang multicu » :

Chanteur de « Gang bang multicul » :
J'nik la France, j'la baise!
J'me fais leurs chiennes à l'aise!
Les blanches sont des putes à baiser!
J'vois pas pourquoi on va s'gêner!

Contre toute attente le ministre de la culture intervint à la fin de la chanson.

Ministre : Chers amis, l'émotion m'étreint aujourd'hui pour remettre à ce groupe talentueux le grand prix Rimbaud de la poésie citoyenne pour son insolence artistique et engagée contre les préjugés!
Chanteur de « Gang bang multicul » (recevant le prix des mains du ministre) : Il a écrit des poèmes Stallone???

Le groupe « Genossid » fit à son tour son entrée sur la scène.

Chanteur du groupe « Genossid » :
Crève les pédés avec ton gun!
On est tous là pour le fun!
La France franch'ment rien à branler!
On prend le fric et on va s'tirer!

Puis le groupe « Assassin meurtrier ».

Chanteur du groupe « Assassin meurtier » :
J'rêve de Paris sous les bombes!
Les babtous tous mis dans la tombe!
Des renois demain à l'Elysee!
La France va bien s'faire baiser!

Le groupe ZEP fit également son entrée, offrant au public en délire sa chanson phare « Baise la France ». Quelques personnes au premier rang remarquèrent que les chanteurs Busta Jean-Pierre et MC Robert se dandinaient étrangement tout en dansant péniblement, sous le regard goguenard de Saïd.
Une surprise se produisit alors : Cortex et Cornflex firent leur apparition sur la scène en « tenue de ville » (baskets, survêtement et capuche) :

Cortex et Cornflex (beuglant) : Stares du Ouaibe!!!! (orthographe d'origine)
Stan : Monsieur Garrison regardez! Cortex et Cornflex sont là, sur la scène!
Instituteur : Oh les « BIP »! Ils ont enlevé leurs tenues de petits pionniers! Ils ne sont vraiment pas solidaires dans le ridicule!
Monsieur Esclave : Oui dommage, ça faisait bien ressortir leurs torses virils!

La grande communion fraternelle se poursuivit encore pendant près de trois heures. Vint enfin le tour du chanteur engagéTM RAF de se produire.

RAF :
La guerre c'est nul!
La paix c'est mieux !...


Le public commença à refluer à cet instant...

Instituteur : Bon, il est temps de partir les enfants, tout le monde est là  ?
Kyle : Non monsieur Garrison, Cortex et Cornflex ont disparu et Kenny est mort !
Instituteur : Parfait alors allons-y ! On n’a que trop perdu de temps et nous sommes ridicules dans ces tenues qui nous foutent vraiment la honte !
Monsieur Esclave : J'espère qu’on pourra les garder !

Le concert convivial touchait à sa fin. Le parterre se vidait. On voyait ça et là des magasins dévastés, des voitures en feu, des débris jonchant la chaussée : tout cela avait été une réussite incontestable dans le respect des valeurs républicaines.
Martin resta seul, muet, devant la scène maintenant plongée dans l'obscurité. Son crâne cognait comme après une nuit d'ivresse. Il fit quelques pas hésitants, et il dût s'appuyer contre un lampadaire pour ne pas tomber, alors qu'il sentait qu'il était sur le point de s'évanouir.
A quelques mètres de là :

Oliveau : Dis papa, j'ai l'impression qu'Houria a oublié de nous détacher!
Alain : Oliveau, pour la dernière fois! Houria ne nous a pas oubliés! On nous a juste confié la mission de rester jusqu'au bout pour nous assurer que tout se passait bien! C'est une question de confiance et c'est un honneur! (se tournant vers les autres) Euh... dites les gens, personne n'aurait un couteau suisse?
Daniel Conne-Bendit (à moitié étranglé par sa laisse) : La Suisse c'est nauséabond! Ils doivent revoter!

 Proposition #2348 d'uniforme de petit pionnier de l'antiracisme (non retenue)

mardi 7 juin 2011

Nouvelle : “2011, une satire nauséabonde” - CHAPITRE X

Martin s'affala dans son fauteuil après une nouvelle journée de travail, plus las et agacé que de coutume. Il n'eut que la force d'allumer son poste de télévision pour suivre la fin du journal télévise d'un œil distrait.
La nouvelle du jour concernait la dramatique hémorragie de l'Union européenne : les pays qui la constituaient la quittaient les uns après les autres à cause de la crise que l'énorme institution se montrait incapable de résoudre. Le dernier en date était la Roumanie, ce qui faisait que l'Union européenne ne comprenait plus, dorénavant, que la Turquie, récemment arrivée, et … et bien en fait la Turquie uniquement...
Le journaliste évoquait ainsi le fait que l'Union européenne était dorénavant à une écrasante majorité musulmane, et montrait la joie des habitants des pays arabes, ravis de voir l'un des plus grands bastions de l'Occident enfin conquis. Des foules d'hommes, d'enfants et de femmes voilées étaient filmées en train de tirer en l'air à la kalachnikov, à défaut de champagne et de serpentins (produits interdits à Gaza par Israël).
La première mesure de l'Union européenne, rebaptisée Union européenne turque, pour une fois votée à l'unanimité, fut de promulguer une loi contre le blasphème valable dans tous les pays... enfin tout le pays de l'Union. Il était de plus envisagé d'élargir la nouvelle Union Européenne au Liban, à la Syrie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite.
Quant à la capitale de l'Union, la décision récente de la transférer à Istanbul avait provoqué un phénomène étrange : la désunion des Turcs. Ainsi un habitant d'Anatolie, militant d'un parti extrémiste, exprimait le souhait que la partie est du Bosphore fît sécession vis-à-vis des Rouméliotes qu'il jugeait envahissants et peu travailleurs (« les Thraces de Grèce s'incrustent et ne veulent pas partir! » soutenait ce partisan du nettoyage ethnique), tandis qu'un résidant de l'ouest, qui n'avait visiblement pas compris la question, faisait part de son agacement de voir les blagues sur les Turcs aussi populaires chez « ces grandes gueules » d’Hellènes...
C'est ainsi que les tentations séparatistes risquaient de mettre le cœur de la vénérable institution européenne en Asie, comme le soulignait d'ailleurs un politicien d'Ankara : « après tout, l'Union fait la farce! »...
De leur côté les pays à l'origine de l'ancienne CECA étaient en train de former l'UVEECFPOADD (Union Vraiment Européenne Et Cette Fois Promis On Arrête De Déconner). Déjà les pourparlers étaient en cours pour négocier l'entrée de l'Union Européenne turque dans l'UVEECFPOADD (enfin surtout l'Union européenne turque d'Anatolie, l’adhésion de l'Union européenne turque de Thrace étant reportée, le temps pour les membres du Parlement de la situer sur la carte).

Le reportage suivant était en fait une publicité déguisée pour le nouveau film phare du cinéma français subventionné. Il s'agissait tout simplement de la bande-annonce :

« L'Amérique a « 8 mile » et « Forrest Gump ». La France a « Cortex »!
Plongez-vous dans une histoire poignante! Quand il est né il n'était pas comme les autres :

Médecin : Madame Cortex, votre enfant est … euh … différent, et je ne sais pas s'il sera à l'aise au sein de votre famille!
Cortex (dans le rôle de sa propre mère, avec du mascara et du rouge a lèvre) : Va « BIP » sale « BIP »! J'te « BIP » dans ton « BIP » et tu vas « BIP » comme une vraie « BIP »!
Médecin : Euh... tout compte fait il ne devrait pas être trop traumatisé!

Il a connu une scolarité chaotique :

Gérard Klein (jouant l'instituteur) : Aujourd’hui les enfants nous allons faire du coloriage !
Tous : Ouais !!!
Cortex (dans son propre rôle) : Va « BIP », sale « BIP » de « BIP »
Gérard Klein : Cortex, veux-tu répéter ce que tu viens de dire à Monsieur Toc ?
Cortex : Va « BIP », sale « BIP » de « BIP »
Christian Clavier (jouant Stan) : Qu’est-ce-qu’il craint le nouveau !
Jean Benguigui (jouant Kyle) : Ouais, en plus il m’a traité de « BIP » de juif !
Gérard Depardieu (jouant Kenny) : MmmmmMMmmmm !!!
Cortex : Ta gueule toi, sale « BIP », (sortant un gros couteau de boucher) tiens !!!
Gerard Depardieu : couic…
Christian Clavier : Oh mon dieu, il a tué Gérard !
Jean Benguigui : Espèce d'enfoiré !

Il a tout tenté pour devenir célèbre, malgré un manque total de talent :

Jean-Pierre Foucault (dans son propre rôle) : Et nous applaudissons maintenant « Miss Essonne », une candidate … euh... fort charmante!
Cortex (en bikini, avec une perruque blonde et un bandeau « Miss Essonne ») : Salut cousin!
Jean-Pierre Foucault : Alors euh... Cortexa, c'est ça? Que souhaitez-vous faire plus tard?
Cortex : Plus tard j'veux prendr'ta place cousin!
Jean-Pierre Foucault : Hé hé, tu peux toujours courir Cortexa!
Mme de Fonteney (dans son propre rôle) : Oui, cours Cortexa! Cours!
Cortex : Hé vous deux là, j'vous « BIP » et vous « BIP » dans vot' »BIP »! C'est moi qui vais gagner et remporter l'prix cousins!
Une voix : Hé ho, sale « BIP »! Tu t'prends pour qui, cousin!
Cortex : Joey Starr???
Joey Starr (dans son propre rôle, également en bikini avec une perruque blonde, mais avec un bandeau « Miss Seine St Denis ») : Moins fort cousin! Tu vas nous faire repérer!

Mais il sait qu'au bout de toutes ces épreuves l'attend la gloire! Alors ne ratez pas « Cortex, la naissance d'une étoile », au cinéma mercredi prochain! »

Le journal télévisé était presque achevé. Le présentateur se tourna vers son invité du jour :

Présentateur : Bonjour RAF, comment vas-tu?
RAF : La forme, à donf!
Présentateur : Alors RAF, je te présente rapidement, tu es un auteur-compositeur-interprète de chansons à textes, ton vrai nom est Renaud-Raphaël Cantalibar, et tu te produis très bientôt à Paris, pour être précis lors du prochain concert contre le racisme de samedi prochain!
RAF (après un long soupir inspiré) : Oui, en fait je suis un chanteur qui dénonce, il faut le préciser... l'art, la musique ça sert à ça... le chanteur s'il n'est pas engagé il n'est rien en fait... il faut absolument s'élever contre le mal, le racisme, la misère, l'exploitation, les guerres et le téléchargement illégal... moi j'm'efforce d'être rebelle, la preuve, je suis de toutes les manifs de « SOS Racisme »... moi dans mes concerts avec mon groupe « Sombre envie » je fais du « testing positif » : je n'fais rentrer que les beurs et les noirs, et je laisse pas rentrer les blancs!... bon en même temps c'est vrai ça change pas grand chose et personne ne vient nous écouter, mais on continue quand même... on est fier de lutter pour un monde de tolérance et d'acceptation de l'autre où les fachosTM, les racistes, les libéraux, les cathos ultra n'auraient pas leur place! D'ailleurs si tu veux j'vais t'chanter ma dernière chanson courageuse et engagée en direct laïve (il se saisit de sa guitare), ça s'appelle « l'orange pressée »
Présentateur : Euh... non, désolé RAF mais... mais il faut laisser l'antenne, on est déjà en retard!
RAF (commence à chanter après avoir rapidement accordé sa guitare) :
La guerre c'est nul!
La paix c'est mieux!
Et l'homme se sent tellement mieux
Lorsque quelqu'un...
Présentateur : La météo, vite! VITE!!!

Martin éteignit son téléviseur. Une alarme sonnait dans sa tête ; le journaliste avait parlé du prochain concert contre le racisme à Paris. En règle générale le jeune homme évitait toujours ce genre de manifestation, mais cette fois-ci, il sentait en lui un besoin irrésistible d'y aller.
Il devait constater par lui-même...

 Les bikinis des Miss cachent parfois des surprises désagréables

jeudi 2 juin 2011

Nouvelle : “2011, une satire nauséabonde” - CHAPITRE IX

Le lendemain dans la petite classe de l'école primaire que nous connaissons bien :

Instituteur : Les enfants, aujourd’hui j’ai deux choses à vous dire. Tout d’abord sachez que notre classe a eu l’honneur d'être choisie pour défiler lors de l’ouverture du grand concert contre le racisme de samedi prochain. C’est un événement très important, il y aura plusieurs ministres, alors je compte sur vous pour être exemplaires et ne pas vous faire remarquer lors de ce défilé à la con ! On vous donnera des uniformes ridicules avec des drapeaux à agiter, oui même pour toi Cortex ! Et il n’y a pas de « BIP » qui tienne ! Ensuite, euh… nous recevons un autre petit nouveau. Je vous demande d'être très gentils avec lui car il est aussi un peu… euh… il a des difficultés quoi…
Nouveau : Salut ici c’est Cornflex, 91 Essonne Pyramides, cousins !
Stan : Ouah eh ! C’est le frère jumeau de Cortex !!!
Cortex : Non fils de « BIP », c’est mon cousin ! Et il est plus jeune que moi, il a que vingt-quatre ans. C’est le surdoué de la famille il a redoublé que huit fois, cousin !
Kyle : La vache, deux cas sociaux de la même famille dans la même classe, je vais vraiment regretter Cartman !
Cornflex : Hé sale « BIP », tu nous insultes pas moi et mon frère !
Stan : Je croyais que c’était ton cousin ???
Cortex : Ouais mais on est comme des brothers, cousin !
Instituteur : Bon Cornflex tu vas te mettre à cote de notre petit ami handicapé, Timmy, il y a une place libre !
Timmy : Timmy ?
Cornflex : Hé j’me mets pas à côté d’un « BIP » d’handicapé, c’est quoi c’te histoire cousin !
Cortex : Quoi ? C’est pas ma faute, sale « BIP », j’y suis pour rien ! Va t’faire « BIP » !
Cornflex : Mais vas-y, c’est pas à toi que je causais gros « BIP » ! Viens m’ « BIP » la « BIP » !
Kyle : La vache qu’est-ce-que ça doit être l’idiot de la famille !
Stan : Ouais et quand tu penses qu’ils s’entendent comme des frères !
Instituteur : Bon, les présentations étant faites, au travail les enfants ! Aujourd’hui en atelier d'éveil aux activités culturelles et musicales nous allons étudier le dernier clip de Britney Spears, « Rip me the rondelle, baby, one more time again »
Cornflex : Ah ouais elle est trop bonne cousin !
Instituteur : Cornflex s’il te plait, il s’agit d’un atelier d’initiation aux plus grandes œuvres du patrimoine musical mondial alors je te prierais de garder tes réflexions scabreuses pour toi et d'élever un peu le débat ! Oui Kenny ?
Kenny : MmmmMMmmmmMMM ?
Instituteur : Non Kenny, on ne verra pas la version non censurée, j’ai dit que l’on se focalisait sur les aspects intellectuels de l’œuvre, inutile de nous disperser !
Cornflex : Quoi, y a une version non censurée, cousin !!! Qu’est ce qu’on voit dedans ?
Cortex : Ben chais pas, cousin, pourquoi tu m’demandes !
Kenny : MMmmmMmmmmMMMmmmmMMMMmmMMMMmmm !!!
Cortex & Cornflex : Ouah ! Quelle « BIP » cette « BIP » !!!
Stan : C’est vrai Kenny, on la voit se faire « BIP » avec une « BIP » dedans ?
Cornflex : Sérieux faut qu’cette « BIP » vienne dans l’une de mes boîtes de nuit, et après j’la « BIP » !
Kyle : Hé fais pas ton mytho ! T’as pas de boîte de nuit !
Cornflex : Tu m’crois pas sale « BIP » ! Un peu qu’j’ai une chaîne de boîtes de nuit à mon nom, hé j’fais du bizness moi ! Et y a plein d'événements surprises que j’organise dedans, ch’uis le king de la night, hein brother ?
Cortex : Ouais, cousin ! Les gens adorent quand y a des surprises dans les boîtes de Cornflex, ça te la coupe hein, sale « BIP » !
Cornflex : Ouais, et m’cherche pas, petit « BIP », passke ch’uis un ouf moi, j’ai un gang à moi, ch’uis un serial killer !
Kenny : MMmmMMmmmMMm !
Stan : Ah ouis, t’as raison Kenny, un « cereal killer » plutôt Ha ! Ha ! Ha !
Cornflex : « BIP » ! Toi tu t’es trop foutu de moi, tiens, sale « BIP » !
Kenny : MMMMMMM !!!!!! …………………….. couic !
Stan : Oh mon dieu, ils ont encore tué Kenny !
Kyle : Espèces d'enfoirés !!!
Instituteur (soupirant) : Décidément c’est de famille… Cornflex, veux-tu que je te donne cent lignes pour t’apprendre à interrompre mon cours et tuer tes petits camarades ???
Cornflex : C’est pas moi, m’sieur, c’est pas moi !
Instituteur : Ah oui ? Alors explique-moi ce que tu fais avec la tête de Kenny dans la main ? Et puis je t’ai vu, ne nie pas ! C’est bien toi qui l’a égorgé, la capuche tournée vers la Mecque !!!
Kyle : On sent l’habitude…
Cornflex : Euh … j’ai pas fait exprès, cousin !
Instituteur : Bon tu as tout de même de la chance, Kenny était blanc, tu devrais t’en sortir avec une retenue, mais j’aimerais qu’à l’avenir tu ne recommences plus !
Cornflex : Ouais mais il était raciste cousin ! J’ai fait que m’défendre !
Instituteur : Oh alors dans ce cas je vais convoquer la mère de Kenny pour qu’elle te présente ses excuses…
Kyle : Hé mais c’est pas vrai il …
Instituteur : Kyle, tu veux arrêter tes réflexions nauséabondes à l’encontre de la minorité discriminée de la classe ? Pense un peu à tout ce qu’on doit ressentir quand on est rejeté … Bon et Cornflex que cela ne t'empêche pas de passer la serpillère après la fin du cours ! il y a du sang partout !
Cornflex : Attends cousin, tu m’prends pour la femme de ménage là  ? C’est paske ch’uis renoi hein ? Tu m’crois bon qu’à passer le torchon, sale « BIP » !
Instituteur : (soupir) Bon d’accord, je le ferai moi-même, inutile de te plaindre au rectorat ! Décidément M. Toc la rentrée scolaire est difficile cette année, et dire que je reçois les parents d'élèves la semaine prochaine, mon dieu j’en suis malade d’avance ! Quatre énergumènes comme Cortex !
Cornflex : Ah ouais, il va recevoir maman, ce « BIP », il va prendre cher !
Stan : Pourquoi ?
Cortex : Sa mère c'est une vraie ouf! Elle met une branlée à tous ses profs ! Le dernier s’est retrouve a l’hosto passk’elle voulait pas que Cornflex bouffe du saucisson et du pinard à la cantoche, ou ché pas quoi, cousin !
Cornflex : Mais non c’était des épinards, cousin !
Cortex : Y a une différence ?

 Le président du Comité de Vigilance Contre le Racisme et les Épinards

jeudi 26 mai 2011

Nouvelle : “2011, une satire nauséabonde” - CHAPITRE VIII

Martin avait achevé sa journée de travail, et comme à l'accoutumée il rentrait directement chez lui, à pied. Comme il débouchait sur la grand-place de son quartier, il remarqua un attroupement qui le fit soudain sortir de ses pensées.
C’était en fait deux groupes de manifestants qui se faisaient face, criant et s’insultant. Martin s’approcha pour s’informer de l’objet de la discorde.
Il apprit par l’un des badauds que le premier groupe était en fait constitué de bénévoles d’une association qui distribuait gratuitement de la soupe aux sans-abris du voisinage. Le problème, toutefois était que l’un des ingrédients principaux de cette soupe était de la viande, ce qui choquait les militants de plusieurs partis et organisations de défense des droits de l’homme qui y voyaient une manifestation d'intolérance à l’encontre des végétariens.
C’est ainsi que quelques courageux activistes tentaient d'empêcher la distribution de cette soupe qui rappelait à beaucoup les heures les plus sombres de la diététique : Martin aperçut tout-a-coup une poignée de ces courageux résistants qui se ruèrent sur un clochard assis à même le trottoir. Ils lui arrachèrent son assiette de soupe des mains et déversèrent son contenu dans le caniveau, sous les cris indignés de l’homme qui, ingrat, ne pensa même pas à les remercier de s'être souciés de son cholestérol.
Hypnotisé par ce qu'il venait de voir, le jeune homme ne remarquait pas l'équipe de télévision qui filmait la scène d'émeute et diffusait son reportage, en direct, sur l’une des plus importantes chaînes française.
En effet, à quelques kilomètres de là, dans une haute tour de verre, le film de la soirée venait d'être projeté au public qui faisait face à l'un des présentateurs de la chaîne, le truculent Ange Fugati.
Celui-ci avait interrogé trois journalistes (travaillant respectivement pour le Canard Libéré, le Nouveau Rapporteur et Panorama), et au cours d'un débat approfondi, ceux-ci s'étaient mis d'accord pour déclarer, dans un élan de lyrisme particulièrement original, que tout cela était « terriblement nauséabond ».
Mais un incident avait soudainement éclaté...
En effet, le malheureux Ange, profitant d'une page de publicité, avait innocemment proposé à ses invites une assiette de fromage destinée à les initier aux saveurs de sa Corse natale. Nos trois courageux reporters, hélas, plus doués pour résister à la bête immonde qu'aux effluves particulières des produits du terroir, avaient dû battre en retraite vers le lieu d'aisance le plus proche, sous les yeux d'un Ange éberlué...

Ange : Et bien, ça va en surprendre plus d'un dans mon village, mais je crois que même la Corse c'est trop français pour eux! 
Technicien : Euh... qu'est-ce qu'on fait maintenant, monsieur? 
Ange : Tant pis, il faut combler... appelle le prochain invité!

L’homme en question n’était autre que Jean-Paul Tarte, le plus grand penseur à peu près vivant que comptait le pays. Ayant réussi le tour de force de révolutionner la philosophie en passant ses journées au café, il constituait véritablement un pilier, sinon de bar, du moins de la vie intellectuelle de son époque, et nul n’osait contester sa prééminence :

Jean-Paul Tarte : Respectez mon autoritéééééééééééééé !!!

Merci Popaul…. Donc le grand homme fit son entrée, tenant d'une main son déambulateur et de l'autre une étrange machine bardée de diodes multicolores.

Ange : Bonjour Jean-Paul, j'espère que vous au moins n'êtes pas réfractaire à mes fromages !
Jean-Paul : Pas du tout, j’adore le Pays Basque ! D’ailleurs tous les étés je passe mes vacances à Rimini ! (posant la machine) Ce que j’ai à vous montrer est la dernière production du centre de recherche en ingénierie de la philosophie progressiste : le nauséabondomètre ! Vous savez comme moi que notre époque croule sous les propos détestables, qui vous donnent la nausée – à ce propos, avez-vous lu mon dernier livre ? Il est génial comme il se doit - si bien que nous ne sommes plus à même de trier le bon grain de l’ivraie, et par manque de temps on peut laisser passer des déclarations scandaleuses en se focalisant sur des paroles qui n’en valent pas la peine, comme par exemple « sale blanc ». Mais avec notre nauséabondomètre plus d'inquiétude à avoir ! Branché sur toutes les chaînes de France et même sur le réseau Internet, cette machine révolutionnaire est à même de détecter immédiatement tout propos hors de propos et de vous indiquer dans la seconde le niveau d’indignation que vous devez adopter. Ainsi plus de problème pour gérer vos priorités ! Imaginez le temps gagné et, si vous êtes le président d’une association anti-raciste, le nombre de procès juteux que vous pouvez intenter grâce à ceci !
Ange : Alors justement Jean-Paul, tous les spectateurs se demandent avec moi : comment s’utilise cette magnifique machine ?
Jean-Paul : Et bien c’est très simple Ange, grâce à ceci, l'écran principal, qui indique, par une lecture aisée, le niveau d’acceptation de toute parole détectée par la machine. Vous constatez qu’il s’agit en fait d’une échelle régulièrement graduée, allant de « Cali » à « Petit moustachu caractériel avec ses ragnagnas ». Vous avez bien entendu des échelons intermédiaires comme par exemple « Heures les plus sombres de l’histoire ». L’avant-dernier palier est « Antiparlementaire grande gueule bouffeur de spaghettis ». Et cerise sur le gâteau, il fait aussi thermomètre médical (pensez tout de même à bien le laver après utilisation), réveil-matin et plat à tajine !
Ange : Tout de même Jean-Paul, pourquoi ces périphrases ridicules, alors que l’on pourrait dire par exemple « facho » ou « naz… »
Jean-Paul : Mais Ange, vous savez bien qu’il n’est pas possible d’utiliser ces termes n’importe comment sans risquer des poursuites pénales ! Il y a un copyright dessus voyons !

Effectivement, les termes « fachoTM » et « naziTM » étaient des marques déposées par la multinationale « Benito » (produits nauséabonds de qualité depuis 1922). Cette entreprise qui avait jadis conquis d’immenses parts de marché aux quatre coins du monde présentait un éventail de produits des plus divers, principalement dans le textile (sa célèbre chemise noire n'était plus à présenter, tant elle avait influencé la mode en Europe dans les années trente, avec ce fameux slogan « Uniform color of Benito »). L'ensemble de la collection était d’ailleurs disponible dans son catalogue de « La déroute » édité pour la première fois en 1945.
La société avait connu son heure de gloire quelques décennies plus tôt en faisant le pari de l’international, ouvrant de nombreuses succursales dans des pays comme l’Espagne, l’Argentine, le Chili etc… mais depuis le fascismeTM bête et borné de grand-papa n’était plus tellement tendance. Les principaux centres avaient fait faillite et la gamme peinait à se renouveler.
L’entreprise avait beaucoup souffert de son principal concurrent, le maoïsmeTM, qui pratiquait la délocalisation de masse avant l’heure en faisant fabriquer ses principaux produits par des petits chinois. Malgré leur piètre qualité ses produits séduisaient, en partie grâce aux campagnes de publicité agressives des représentants de commerce du maoïsmeTM en Occident, appelés « intellectuels » dans le jargon de la profession.
Toutefois, l’entreprise « Benito » avait mis à profit ce répit pour s’implanter au Moyen-Orient au prix d’un restylage complet de sa gamme, remise à neuf avec un coloris vert du plus bel effet. Le fascismeTM du 21eme siècle (nouvelle formule plus concentrée, fraîcheur thé à la menthe) présentait des allures plus « hype », et s’offrait même le luxe de séduire certains descendants des générations de son vieux rival, le maoïsmeTM, lui aussi déclinant, et qui avait de son côté tenté un retour en force en se revendant sous le label « altermondialismeTM ». Ainsi donc les deux anciens concurrents relookés étaient sur le point de se rapprocher afin de créer le numéro un mondial du fascismeTM prêt-à-porter. La fusion était d’autant plus aisée qu’ils n’avaient jamais au fond été très différents l’un de l’autre.
Déjà leurs produits s’arrachaient dans les banlieues chaudes d'Europe où les populations jeunes sont généralement attirées par les grandes marques.

Ange : … très intéressant Jean-Paul, et donc pour le reportage de ce soir, quel est le diagnostic de la machine?

L'immense homme copia rapidement le film de la soirée sur le disque dur de l'appareil qui se mit alors à clignoter et à vibrer. Enfin on put voir l'aiguille se déplacer et s'arrêter sur la graduation « Heures les plus foncé-clair de l'histoire ».

Jean-Paul : Voilà, nous sommes donc au niveau juste en dessous de « heures les plus sombres », pas encore assez nauséabond pour être complètement obscur, mais tout de même, on commence à se débarrasser des allogènes. Le traitement sera donc relativement simple et classique : un ou deux procès, quelques pétitions lancées par l'un ou l'autre philosophe à la mode, une déclaration bouleversée d'une quelconque comédienne engagée (c'est un très bon exercice de préparation pour les rôles de composition), et les choses devraient reprendre leur cours normal!