dimanche 11 novembre 2012

Laissez venir à moi les petits enfants!

Il est des épreuves particulièrement pénibles qui peuvent marquer un homme à vie. Je veux bien entendu parler du fait de passer plus de huit heures d'avion avec des êtres aussi insupportables que des bébés braillards.

Si vous avez déjà vécu pareille mésaventure vous savez de quoi je parle, surtout lorsque ces derniers semblent s’être donnés le mot pour vous interpréter un magnifique concerto de pleurs en la mineur, à moins qu'il ne s'agisse du concours de celui qui hurlera le plus fort. Toujours est-il que vous avez éprouvé l'envie de voir tous ces charmants bambins engloutis par un trou noir qui se ferait fort de les recracher loin de toute civilisation, parce qu'un bébé ça va bien cinq minutes, mais avouons qu'il n'y a pas vraiment moyen de s'amuser avec eux : ils ne savent pas jouer au poker, l’opéra ne les intéresse pas le moins du monde, les boîtes de strip-tease, n'en parlons pas, et bien entendu pas moyen de se prendre une bonne cuite avec eux, comme au bon vieux temps du séminaire de l’école de commerce. Non décidément les bébés ne valent pas le coup d’être fréquentés...

Il se trouve que ma récente expérience en avion, lors de laquelle je fus entouré par un quatuor d'adorables petits anges qui s'époumonaient à qui mieux mieux, m'a incité à mener quelques recherches dans l'art de faire disparaître ces erreurs de la nature (non je ne parle pas des socialistes, pourquoi cette question?), surtout lorsque nous sommes enfermés dans un espace étroit à plusieurs milliers de pieds d’altitude, et sans pouvoir ouvrir les hublots. Mes découvertes m'ont pour tout dire stupéfait : Saviez-vous en fait que nombre d’ingénieurs ont, dans le plus grand secret, tenté de mettre au point des mécanismes destinés à nous débarrasser des bébés bruyants en toute sécurité pour les autres passagers ? Vous ne le saviez pas, mais beaucoup de ces réalisations ont trouvé une application dans le domaine militaire, alors qu'elles avaient au départ été conçues pour réduire la population infantile des vols long-courriers. Ainsi donc :

  • Au cours de la première moitié du vingtième siècle Sir Martin Baker prenait l'avion pour se rendre de Londres à New York. Toutefois son trajet, qu'il escomptait calme et reposant, fut grandement perturbé par un groupe de bambins qui auraient donné à n'importe quel humain normalement constitué des envies de meurtre. Ce n'est qu’après être rentré chez lui que Sir Baker imagina et conçu un dispositif de siège permettant l'expulsion immédiate du bébé au moyen d'une trappe s'ouvrant au plafond : le siège éjectable était né ! Les premiers essais réalisés sur des baigneurs en plastique donnèrent des résultats prometteurs, mais ce n'est que plus tard que les militaires, jamais à cours d’idées originales, s’aperçurent qu'il était possible de remplacer le marmot par un pilote et un parachute, et d’équiper les avions de combat d'un tel engin. Dès lors le siège éjectable ne servit plus à se débarrasser d'un être encombrant mais à en sauver, destin ironique dont Sir Baker, grand bébéphobe devant l’Éternel, ne se remit jamais...


Premiers prototypes de sièges pour bébés

  • Cette invention ne fut pas la première, toutefois. Ainsi notre fameux – et méconnu – Roland Garros, aviateur légendaire, réfléchit lui aussi, au début du siècle dernier, à un moyen de se débarrasser des chiards gueulards lors des longues traversées en bateau. Il eut un jour l’idée, alors qu'il voguait entre Saïgon et Marseille, d’attraper le bébé en pleurs qui l’empêchait de dormir à côté de lui et de l’expédier par dessus bord au moyen d'un superbe revers de la main gauche, muni pour les besoins de la cause d'une poêle à frire qu'il avait empruntée à la mère de la petite fille, non sans l'avoir assommée au préalable – la mère, hein, pas la petite fille, quoique... - c'est ainsi que le tennis, ainsi que le lob, naquirent, quelque part en Méditerranée. Mais ce brave Roland s’aperçut vite que ce moyen, vite détourné par les sportifs, ne permettait pas de se débarrasser de façon assez rapide des marmots qui se multipliaient à un taux effarant autour de lui, progrès de la médecine oblige. Songeant que l'aviation naissante permettrait sans doute un jour de faire voyager les bambins dans les cieux – il était visionnaire le Roland ! - et pensant à l'horreur d’être enfermé des heures durant avec de tels petits monstres, il imagina un canon permettant d'envoyer des enfants en rafale au travers de l’hélice de l'appareil. C'est ainsi que naquit le saucisson (en tranches...). Il nous faut toutefois préciser qu'une erreur de réglage du mécanisme  lors des premiers essais, permettait aux marmots de passer indemnes entre les pales – au grand désarroi de Monsieur Garros. Ce furent les militaires qui, une fois de plus, eurent l’idée de remplacer les morveux par des balles de mitrailleuse. Le tir à travers l’hélice était né...


  • Et puisque nous en sommes à parler d'aviation de guerre et de munitions, comment ne pas évoquer cette autre réalisation, le canon de DCA, conçu à l'origine non pas par nos amis Belges, contrairement à une idée reçue, mais par des Alsaciens un peu naïfs terrifiés à l’idée de voir un jour des cigognes leur livrer des bébés contre leur gré. La pilule contraceptive n’étant pas encore disponible, cette méthode de lutte contre les grossesses non désirées et la surpopulation fut adoptée, et les malheureux oiseaux échassiers furent la proie de cette arme destructrice jusqu'à ce que les militaires, encore une fois, la détournent de son usage de base pour en faire un outil de combat antiaérien. Notez toutefois que l'une des escadrilles les plus célèbres et les plus réputées de l’armée de l'air porte le nom des « cigognes », manière de rappeler l'origine de la l'affrontement entre l'avion et le canon de DCA...

Une certaine idée du féminisme...

Cette liste bien entendu n'est pas exhaustive, et nombreuses furent les innovations destinées à empêcher les bébés de nous pourrir la vie. Il est toutefois regrettable que, pour de stupides raisons éthique, il ait été décidé de priver les avions de ligne de moyens permettant aux honnêtes voyageurs de goûter un repos bien mérité.

Airbus et Boeing devraient peut-être se pencher un jour sur la question, histoire de gagner des parts de marché, qui sait... ?

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